Le mot du président

Spécial - élection présidentielle
du 8 avril 2005


Merci Monsieur Ismaïl Omar
de légitimer notre combat...



Ali Coubba
La presse internationale se donne à cœur joie au spectacle ridicule de notre candidat-président. Celui-ci vient d'être plébiscité au cours d'une élection présidentielle où il était seul devant les électeurs djiboutiens. Il n'a eu à affronter, pour ainsi dire, que ses propres divagations et paranoïas. Le candidat sortant, affirme la presse officielle qui est aux services de l'homme fort du pays, a gagné le référendum avec un score de 96 ,3%. Cela revient à une autocélébration, à une autosatisfaction béate.

Nous sommes en l'an 2005. L'Afrique a de nouveaux dirigeants, de nouveaux leaders, capables de porter ses espoirs de développement. Les Bokassa, les Mobutu, les Siad Barré, les Menguistou et d'autres roitelets africains, dictateurs ubuesques plus vrais que nature, ont disparu de la scène africaine et internationale. Le dernier d'entre eux, Eyadéma, un dirigeant brutal qui n'avait aucun goût pour le déguisement, vient de rendre l'âme il y a quelques mois. Nous croyions à tort que le temps de cette caste de "rois nègres" qui ridiculisait l'image de l'Afrique était révolu. Eh bien, non ! En République de Djibouti, un avatar grotesque de cette espèce survit et prospère en la personne d'Ismaïl Omar Guelleh. Un prétendu chef d'Etat qui s'inscrit dans la lignée de ces dictateurs chamarrés comme un totem, se nourrissant d'éloges et de célébrations de pacotille. Personnages assoiffés de pouvoir et d'attributs guignolesques, que l'on rencontre plus dans les livres que dans la réalité. Ce que fait Ismail Omar Guelleh est pitoyable.

Avec un chef d'Etat, comme le nôtre, la presse internationale ne va pas s'ennuyer. "Le sortant Guelleh est seul candidat à sa propre succession" affirme L'Humanité (6/04/05). "Présidentielle à Djibouti: un seul candidat, le président sortant" écrit AMI (6/04/05). On a enfin trouvé, à Djibouti, le remplaçant de Bokassa 1er.

Les champions de la bonne gouvernance sont frappés
d'amnésie

Merci Ismaïl Omar Guelleh de contribuer, grâce à votre intolérance et à votre aveuglement, à la lente et irréversible maturation des idées de changement dans l'esprit des Djiboutiens. Enfermez-vous dans votre rôle de " chef " du clan Mamassane ou de votre sous-clan. Permettez-moi de ne pas vous appelez " président ", par respect à cette noble fonction.
Merci de légitimer, de crédibiliser encore plus notre image et notre discours.

Merci au gouvernement français de ne pas soutenir la démocratie à Djibouti et en Afrique. Merci de dire une chose et de faire son contraire. Bravo pour votre brillante diplomatie qui boude les opposants quand ils sont dans l'opposition et leur étale le "tapis rouge" quand ils accèdent au pouvoir.

Merci à l'Union africaine, toujours fidèle à sa tradition : " Suivons le mouvement qui nous a toujours réussi ". Sachez que, lorsque vous vous taisez devant des élections truquées ou la spoliation des voix du peuple, vous ratez des occasions et des opportunités d'honorer vos prérogatives. Continuez à fermer les yeux face aux blocages démocratiques qui font le lit des guerres civiles. Après vous allez pousser les cris d'orfraie !

Merci l'Union européenne, aux associations et fondations faisant la promotion de la démocratie dans le monde, de favoriser l'avènement des sociétés démocratiques en subventionnant et en graissant l'Etat en place et des associations - prétendue société civile - servant d'intermédiaires présentables aux dictateurs en perte de vitesse

Merci aux Etats-Unis de briller par la rhétorique et les déclarations fracassantes pour la démocratie et les libertés mais de ne rien faire dans un pays où vous avez une base militaire, susceptible de vous donner une relative influence auprès de l'administration djiboutienne.

Continuons la lutte pour la Démocratie

L'élection présidentielle du 8 avril 2005 a consacré la victoire d'une idée : celle de l'unité de l'opposition. Elle souligne la consistance d'une force politique longtemps marginalisée dans notre pays. Cette unité de l'opposition ne doit pas se militer géographiquement au pays. Elle doit aussi embrasser les opposants de l'extérieur sur la base d'un programme commun. D'ailleurs, aux yeux du pouvoir en place, qu'ils soient légalisés ou non, nos partis sont logés à la même enseigne.

Que doit faire l'opposition djiboutienne pour exploiter la brèche ouverte dans la forteresse de Ismaïl Omar Guelleh ? Comment affaiblir davantage et discréditer un homme qui ne dispose plus d'une réelle légitimité aux yeux de l'opinion internationale ? Lire Les propositions ci-dessous de Uguta-Toosa.

A.C.
>>> Retour au sommaire

Au sommaire de Spécial - election présidentille du 8 avril 2005.

- Photos de la manifestation du 8 avril à Paris

- Le mot du Président

- Que faire maintenant ?
Les propositions de Uguta (Toosa)

- L'Afrique n'a pas besoin de démocratie...

- Alerte la situation pourrait devenir explosive

-Yi toobokoy (texte en afar)

-Les débats pré-électoraux : un miroir aux alouettes

-L'Illusion des urnes (L'Express)

- Togo : la FIDH condamne la mascarade électorale:

-Interview de Meles Zénawi (Extrait)

 

 

 

 

 

Que faire maintenant ?
Les propositions de Uguta (Toosa)

Notre parti politique, Uguta (Toosa), considère que le boycottage de l'élection présidentielle s'est déroulé exactement comme nous l'espérions. L'aveuglement du candidat sortant l'a amené à commetre l'irréparable sur le plan politique, en acceptant de maintenir le planning d'une élection qui ne pouvait que générer, en cas d'absence d'un challenger, le discrédit et la condescendance à l'égard de Ismaïl Omar Guelleh. Cette première phase correspond à une belle réussite.

La deuxième phase doit avoir pour objectif d'informer l'opinion nationale sur la portée et la signification des résultats de cette élection. Il est clair que tous les Djiboutiens ne saisissent pas encore la raison pour laquelle l'opposition se félicité de la façon dont le scrutin s'est déroulé.

La troisième phase devrait porter sur la construction de l'unité de toute l'opposition djiboutienne autour d'un programme commun et d'une instance de concertation. Le temps n'est plus à la jalousie, à l'amour-propre mal placé. Je vais dire crûment : "Chassons le dictateur d'abord, ensuite les démocrates pourront laver les linges sales entre eux".

Plus que jamais, il est vital que que l'opposition prenne des initiatives, organise des rencontres entre ses membres à Djibouti ou à l'étranger et montre sa capacité à débattre sur des sujets constituant de véritables enjeux pour notre pays. Par exemple, pourquoi ne pas organiser des élections au sein de l'U.A.D. pour nommer un nouveau bureau politique, afin de montrer ce qu'on appelle des élections démocratiques ? Pourquoi ne pas faire une manifestation silencieuse le jour où Ismaîl omar Guelleh va prêter sermon ?

L'opposition djiboutienne vivant à l'étranger

A destination de l'opposition djiboutienne résidant à l'étranger, Uguta (Toosa) propose :

- la mise place d'une instance de concertation en Europe, au Canada et aux Etats-Unis entre tous les partis et personnalités appartenant à l'opposition djiboutienne ;
- l'élaboration d'un programme commun autour des concepts de démocratie, de libertés et d'égalités, etc.
- l'élection d'un bureau politique qui sera renouvelé tous les ans ;

- la définition d'un programme à réaliser durant l'année 2005, etc.

Les Associations seraient les bienvenues en tant qu'observateurs. Il est normal que nous leur donnions le gage de notre volonté de lutter contre l'arbitraire, les violations des droits de l'homme et toutes formes d'injustice.

L'idéal serait que tous les partis appartenant à notre famille politique, qu'ils soient à Djibouti ou à l'étranger, se fédèrent autour d'une seule instance de concertation. C'est la solution la plus sage, la plus responsable et la plus efficace si l'on veut éradiquer la dictature dans notre pays.
>>> Retour au sommaire


L'Afrique n'a pas besoin de démocratie
mais d'être nourrie !!!

L'AFRIQUE n'a pas besoin de démocratie mais d'être nourrie. C'est la principale leçon que l'on peut retenir des attitudes et des propos tenus par le chef de l'Etat français, depuis plusieurs années. Il est mal venu de parler, en Afrique, de démocratie et de violations de droits de l'homme. Le communiqué de félicitations du président Jacques Chirac au président-autoproclamé, Ismaïl Omar Guelleh, ne le dément pas :

"J'ai le plaisir de vous adresser, à titre personnel et au nom du peuple français, mes chaleureuses félicitations, à l'occasion de votre réélection à la magistrature suprême de la République de Djibouti.
Tous mes voeux vous accompagnent pour la poursuite de votre activité en faveur de l'unité nationale et d
u développement économique et social de votre pays ainsi que de la réconciliation régionale.
Vous savez que les relations anciennes et durables entre nos deux pays me tiennent personnellement à coeur. Votre réélection nous offre l'occasion de les développer encore, en surmontant ensemble les obstacles à leur approfondissement.
Vous pourrez, à cet égard, compter sur mon soutien sincère, ainsi que sur celui de la France.

Présence américaine et inquiétude française

Que le chef de l'Etat français, Jacques Chirac, adresse une missive protocolaire félicitant son homologue-autoproclamé, Ismaïl Omar Guelleh, n'a rien de scandaleux. Qu'il émette, dans les circonstances actuelles, les vœux que les " obstacles " soient aplanis entre son pays et Djibouti, relève du bon sens. Parce que l'imprévisible autocrate djiboutien a provoqué, suite à l'" affaire Borrel ", une crise diplomatique. Arguant que la presse et la justice françaises cherchent à le déstabiliser, il a expulsé sept ressortissants français et ordonné la fermeture de l'antenne de radio France internationale (R.f.i.). Sans doute les intérêts géostratégiques de Djibouti valent bien quelques humiliations ! Ismaïl Omar a transformé le différend juridique en une crise diplomatique. D'où l'embarras des autorités françaises de gérer cet imbroglio juridico-diplomatique. D'une part, cette " Affaire Borrel " qui n'en finit pas de faire des remous. D'autre part, la présence d'une base américaine à Djibouti qui met à mal le monopole français au cœur la Françafrique, une chasse-gardée qui passait pour être un sanctuaire inviolable. Il y a de quoi s'inquiéter si l'on se rappelle que le président américain mène une diplomatie qui contredit le statu quo prôné par la France. Sa politique internationale appelle à la démocratisation urgente des Etats dictatoriaux. Dès la fin de l'année 2003, devant la Fondation Américaine pour la Démocratie, le président Georges Bush avait affirmé que "La liberté doit être l'horizon de tous les pays ". A l'adresse de ses homologues occidentaux, il avait ajouté que " pendant 60 ans l'Occident a excusé et a accepté l'absence de liberté au Moyen Orient et ceci n'a pas renforcé notre sécurité, et en fin de compte la stabilité du monde ne peut être obtenue au prix de la liberté."

Le risque de la surenchère de la part de la France

Paris a choisi son camp : celui du profil bas. Son silence assourdissant sur le déroulement d'une élection présidentielle surréaliste témoigne de cette politique. La démocratie est, entre Paris et Djibouti, le sujet qui fâche. Alors, Chirac suggère de ne plus parler avec les roitelets africains des sujets qui fâchent. Jusque-là rien d'alarmant. Mais le risque existe que les autorités françaises fassent de la surenchère pour plaire au "roi" djiboutien. Et puis, de quoi nous plaignons-nous ? Nous, les Africains et les Français qui luttons contre le cynisme de l'Etat français, sommes depuis longtemps familiers des jeux de moins en moins troubles, pour ne pas dire cyniques, de Paris. Consolider et favoriser la stabilité des régimes établis, tels sont les maîtres mots de la politique française en Afrique. Depuis 1981, Paris soutient à Djibouti, le régime de parti unique, sans jamais dévier de sa trajectoire. La preuve nous est administrée depuis 28 ans. L'épisode le plus grave est survenu en 1992-1993, lorsque Paris a trahi la confiance des dirigeants du FRUD. Ses manœuvres dilatoires ont contribué à la victoire de l'armée djiboutienne sur la résistance armée, en prétextant le déploiement des troupes françaises sur la ligne de front en 1992. Enfin, aujourd'hui, le silence devant la dictature d'un président-plébiscité, non élu selon les normes démocratiques, nous donne des informations édifiantes sur la position de principe des autorités françaises.

Pourquoi Jacques Chirac ne fait pas référence à la démocratie ?

Si le chef de l'Etat français ne fait aucune référence à la démocratie, cela tient à deux considérations : l'une d'ordre économique, l'autre d'ordre idéologique. Jacques Chirac, ni d'ailleurs son prédécesseur, n'a jamais été un partisan de la démocra-tisation de l'Afrique. Un tel processus des pays francophones remettrait en cause, non pas les intérêts supérieurs de la France, mais certains intérêts occultes des entreprises et ressortissants d'origine française. Au sein de la Françafrique, l'argent (sous toutes ses formes) conditionne et explique bien de compromissions. C'est la contrainte économique. Jacques Chirac a déjà tenu des propos (peu dignes) en Côte d'Ivoire en déclarant que l'Afrique n'avait pas besoin de démocratie. En décembre 1993, il a récidivé en Tunisie dans le but de conforter son homologue tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, qui n'a jamais été élu d'une manière démocratique. La Tunisie est sans doute, après la République de Djibouti, l'Etat de la Ligue arabe le plus policier - la Syrie mise à part. Dans ces pays, une myriade d'espions et d'agents de renseignements surveille les faits et gestes du citoyen. Lors de sa visite en Tunisie, J. Chirac a annoncé sa conception idéologique de l'Etat en Afrique. " Le premier des droits de l'homme, c'est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat", a-t-il déclaré.
Donc, retenons la leçon donnée par Chirac. En premier lieu, nous suggère-t-il, il convient d'assouvir les besoins économiques d'un peuple avant de lui octroyer les libertés publiques. Avant de le laisser parler librement, il faut le nourrir et le soigner.

Or comment peut-on savoir si l'être humain privilégie la liberté de s'exprimer ou la nourriture, si on l'interroge pas sur ce dilemme? Qui est-ce qui a décidé que le peuple tunisien préfère d'abord manger avant de s'exprimer librement ? Est-ce qu'il n'aime pas disposer autant de son libre arbitre que de confort économique ? Bien sûr, pour tout être humain, être nourri, éduqué et soigné est primordial. Mais étant d'origine nomade, donc appartenant à une société où la liberté est une valeur intrinsèque à l'être humain, le Djiboutien ne conçoit pas que l'on puisse hiérarchiser les besoins économiques et l'une des valeurs fondamentales de l'homme : la liberté.
Mais que faire lorsqu'un régime, sévissant depuis 28 ans, s'avère incapable de réaliser et l'un et l'autre ?

Yi Toobokoy,

Gaboutil waraakit qidne xaltem inkih tubleenih. Baaxoh abba - uma migaq li - Gaboutih ummatta-b-baysaksa edde yanim mali.
"
Yot maqem, siinit maqem faxximta", iyya num qarkaytol gace.
Gabuutil, xinto anee waytam, inkih tableenih. Gabuutil Madqa anee waytam, Barra taaxigikal kas le num igmam hinna. "
Kaamol ayyo" akke waytek, cakki ma yan. Kinnuk, toh kak tanim, ni boola. Nanu, dulmi kee uma xintoy namol heenit, koosite waynek sarra.

Waraakit qidne kak yaanam macaay ?

Waraakit qidne kak yaanam madqa leemiiy, gita leemiiy, nadaam leemi. Baaxoh ummatta, ken miraacisu wayta dokon dooritta. Caylal aban dooro hinna. Kulli num, kulli barra, (qumrik taban kee bacra sanat teellek), sinni kasal faxxa haan numuh qidan warkat.

Fiiruk:
Doolat afak yaaba mari yanim faxximata. Usun Baaxoh lon mala, Baaxoh ummattal xayyosaanam keenil tan.
Saduh tan Eglah
afak yaaba mari yan, kaadu. Too mari, sinni mala Baaxoh ummattal xayyoysam faxximta. Toh cakkik lon. Madqat taniimiiiy, Xintot taniimi.

Waraakit qidne edde tan alsa, Doolat kulli eglah (Doolat afak yaaboonay, hinnay Saduk tan eglah afak yaboonay) inki gide takke. Raadiyot, Doolat afak yaaba mari inki saaqat edde yaabek, Sadu tan Egla inki saaqat yabtam cakkik le.

Waraakit qidne gita leeh, madqa le

Saduh num kol aaneewek, waraakit qidne maqna mali, is edde cabtam, maro ma mudda (entériner, accepter ).
Saduh num kol gace week, Waraakit qidne akku ma dudda.Tekkek,
kaamol ayyo xeqsittakkal, cakkil akke ma dudda.

Yi toobokoy, nanu Uguta (Toosa) migaaqal, sin essernam :

- Sinni cakkih, ugutaay, esserita ;
- Tengleenih inkim itteenik, Dolat cayli tu siinil baahu ma duuda ;
- Ismaaqil Qumar Geelle baaxo bayse numu (garqqinok sa edde yanim mali) ;
- Dollat inki gide neh takke, amook num tet mali.


Siital luuk, koositaanam tayse. Malat koositanam faxximta.
Uguta (Toosa) anihaay. Gabbutih Ummatta anihaay.
Gabuutil Cakki soolay.
Ni giclo anihaay.

Maquk raaqa.

>>> Retour au sommaire

10/04/05
ALERTE : la situation pourrait devenir rapidement
explosive à Djibouti.

La France et les USA pourraient-elles avoir à défendre des intérêts contradictoires en cas de crise politique majeure à Djibouti ? Tous les ingrédients pour des mouvements populaires répétés et de grande ampleur semblent avoir été réunis.

D'un côté, un dictateur qui a asservi la population, ruiné l'économie, aboli toutes les libertés, violé les Droits de l'Homme, dénaturé la Justice, anéanti les système éducatifs et sanitaires. Une famille régnante qui s'est enrichie honteusement en trafiquant les comptes publics, en vendant le patrimoine national et en accaparant toutes les richesses.

De l'autre, le Peuple exsangue, dont le niveau de pauvreté n'a cessé de s'accroître dans des conditions dramatiques, depuis des années. Ce même Peuple toujours contraint par la force de voter et de faire semblant de soutenir officiellement, habillé en petits hommes verts (par décision d'IOG), le dictateur unaniment détesté, qui ne bénéficie plus que de quelques rares supporters, issus :

- soit de la famille et des proches : Djama le procureur, Djama Ali Guelleh à l'EDD, le directeur de la Banque nationale, les généraux Fathi et Zakaria, Hassan Saïd, etc..,
- soit des grands repentis : Me Aref, Aden Robleh, Moumin Bahdon, Kiffleh, Gabayo et autres ... certainement moins solidaires avec le pouvoir, dès lors que les effets de la débacle se feront sentir ...

Aujourd'hui, le dictateur ne dispose plus d'aucune marge de manoeuvre ; il n'a plus d'autre choix que de radicaliser, si cela est possible encore, son régime et de le durcir pour réprimer les manifestations d'opposition à son système, qui n'a aucun avenir de toutes les façons.

Le Peuple, qui a dépassé depuis longtemps les limites du supportable, n'en peut plus et il prend brutalement la mesure de ses droits légitimes et de sa force, face à l'injustice promue au niveau de règle de Gouvernement. (...)

Mais le dictateur et sa bande de sbires : Généraux, SDS, FNP, ne vont pas se laisser faire sans résister et ils ne peuvent que tenter de gagner une dernière bataille antidémocratique afin de conserver leurs avantages et d'éviter de prévisibles poursuites judiciaires pour crimes, viols, destruction et expropriation forcée, et pour exécutions arbitraires et extrajudiciaires.

(...) Les appels de l'opposition sont clairs et les dirigeants savent qu'ils ne faut pas relâcher la mobilisation, car l'occasion ne se représentera pas tous les jours.

Le Peuple djiboutien a le soutien des grandes associations internationales qui sont informées régulièrement de la situation et des conditions dramatiques que lui impose le Dictateur. Il faut absolument qu'il puisse être appuyé par l'opposition en exil, pour qu'elle multiplie les actions comme celles du 8 avril, afin de conforter et de crédibiliser/ médiatiser ceux qui vont continuer à manifester au pays (à l'exemple du peuple Togolais et des manifestations d'exilés). (...)

La question qui se pose encore est de savoir quelle sera l'attitude des forces militaires étrangères présentes sur le territoire.


La France
, comme d'habitude, serait certainement tentée d'intervenir en faveur du maintien de la dictature et de l'oppression populaire, en prétendant que les actions sont dirigées depuis l'étranger et que son intervention serait légitime, dans le cadre des accords de défense. Mais heureusement il y a aussi les américains qui observent ... ce qui compliquerait probablement une tentative d'intervention française.

Les Américains
n'ont aucun intérêt à défendre le système de Guelleh :
- d'abord, ils se doivent de protéger leur image de marque et une intervention en faveur d'une dictature de notoriété publique, ferait vraiment mauvais effet à l'heure actuelle où ils cherchent surtout à démontrer qu'ils n'agissent que pour l'instauration de véritables démocraties et pour libérer les peuples ... de leurs bourreaux;
- ensuite, ils ont compris que le régime de Guelleh ne tiendrait pas longtemps (affaire de jours, de semaines, de mois ?) et qu'à terme l'opposition prendra les choses en main. Pour conserver leur position stratégique, ils ont intérêt à ne rien faire, s'ils ne décident pas discrètement de soutenir l'opposition et ses actions;
- donner du fil à retordre à la France, comme c'est le cas en Côte d'Ivoire ne déplairait certainement pas aux Américains qui veulent s'imposer dans une Afrique encore partiellement sous influence française.

Bref, la situation se tend un peu plus chaque jour. La fraude électorale et les mensonges de Guelleh et de son Ministre de l'Intérieur sont-elles la goutte d'eau qui fera déborder le vase ? Rapidement, Guelleh sera contraint de multiplier la répression, qui a déjà commencé avec de nombreux prisonniers, dont de très nombreuses femmes.

Comment pourra-t-il éviter de commettre dans un proche avenir les plus grandes bêtises de sa carrière (peu recommandable). Fatalement, les institutions internationales seront obligés de prendre position : U.E., ONU, etc... La France devra s'incliner face aux critiques et elle tentera, sans y croire, de sauver les meubles, enfin ce qui restera de ses positions.

Le Peuple djiboutien a toujours été ami des Français mais il s'est fait "avoir" à de nombreuses reprises par les politiques.
(...) L'amitié et la confiance entre les populations sont intactes, mais la France, en tant que Gouvernement, n'a plus la même place dans le coeur des Djiboutiens et personne ne pourrait leur donner tort.

D'où un paradoxe qui pourrait se révéler consternant :
- la France aura intérêt à soutenir Guelleh pour tenter de sauver des positions fortement compromises, contre les intérêts du Peuple,
- les USA auront intérêt à soutenir l'opposition pour consolider leurs positions stratégiques à Djibouti, avec l'aval des habitants.

Comme dommage collatéral, on pourrait assister à une tension grandissante entre les deux pays : France et USA. L'opposition aura tout intérêt à jouer de cette situation, à l'instar de ce qu'a fait Guelleh depuis plusieurs années, le terrassant avec ses propres stratégies.

Ensuite, il ne restera plus à la France qu'à établir le bilan de toutes les erreurs commises par sa diplomatie et de son refus d'écouter les nombreuses mises en garde
qui lui ont été adressées par les opposants et par les Associations, dont la nôtre qui ne cesse d'alerter le Gouvernement français sur le danger qu'elle fait courir à une population au bord du désarroi.

Bref, les jours du régime de Guelleh sont comptés, à condition que le Peuple conserve l'initiative (…) multipliant manifestations pacifiques et actions de dénonciation des crimes et de la fraude manifeste.

Nous sommes très inquiets au sein de l'Association des risques de dérapage qui seraient la responsabilité du régime aux aboi
s, prêt à n'importe quelle action pour gagner du temps, y compris à prendre la décision de commettre l'irréparable et d'ordonner un bain de sang et des massacres généralisés.

Jean-Loup Schaal
Président de l'Ardhd
>>> Retour au sommaire

Les débats pré-électoraux : un miroir aux alouettes

L'organisation des élections en Afrique est aujourd'hui une pratique courante et fait partie du paysage politique. C'est une réalité disons heureuse et il est tout à fait légitime de s'en féliciter. Il n'est pas un mois qui passe sans qu'un pays africain ne soit sous la lumière pour l'élection de telle collectivité locale ou alors à un stade intermédiaire, l'élection des représentants du pouvoir législatif (tantôt assemblée nationale tantôt sénat), jusqu'à l'élection suprême que constitue la présidentielle. L'appellation importe peu.

Qui y participe ? Pour quelles finalités ?

Ce qui est autrement plus important, c'est le fait même que les citoyens puissent exprimer leurs opinions dans de telles circonstances. Circonstances, combien solennelles, car il s'agit de donner précisément le vote à tout un chacun. Les citoyens sons censés exprimer des opinions librement contradictoires dans un débat démocratique.
Or essayons d'analyser le débat en dehors des élections. Comment celui-ci est-il mené ? Qui y participe et quelles fins ? Souvent des colloques, des débats, séminaires… (Les expressions ne manquent pour désigner cette situation) sont organisés. Les thèmes font illusion : " la question de l'eau à Djibouti ", "La lutte contre la corruption", " Les femmes et développement ", " La lutte contre les mutilations sexuelles ", " L'Education outil au service du développement ", " Le rôle de nouvelles technologies de l'information ", etc. Ils sont d'une grande richesse mais leur caractère répétitif pose problème. On se demande encore pourquoi ces séminaires existent, car dans le passé, les mêmes thèmes ont déjà été utilisés et débattus.

L'élection présidentielle est une diversion de plus

Autre situation persistante dans le même registre que le précédent, c'est la configuration même de ces débats. Les thèmes peuvent porter sur des sujets d'une importance capitale. Mais, ce qui est frappant, c'est le prétexte que constitue l'utilisation de ces thèmes qui sont laissés à la libre disposition des personnes qui participent à ces débats. Les pouvoirs publics font croire qu'ils associent la société civile aux décisions majeures qui intéressent le pays. Les participants sont été triés sur le volet. Ils comprennent les associations et conférenciers proches du pouvoir.
En réalité, ces thèmes n'ont aucune importance pour le gouvernement. Il s'agit d'un défouloir pour les citoyens comme l'est le khat d'une manière beaucoup flagrante et plus nocive. Tant qu'ils peuvent s'exprimer sur ces sujets " secondaires " tout va bien. En revanche, ils ne sont point invités à s'exprimer sur les sujets qui touchent de première importance que sont " La liberté d'expression ", " La démocratie dans le pays ", " La place de l'opposition dans les médias nationaux ". Le débat sur l'organisation même du pouvoir politique n'est jamais laissé à l'appréciation des citoyens. Surtout, les personnalités de l'opposition ne sont pas associées à ces discussions.

C'est là une situation commune que l'on rencontre dans beaucoup de pays africains. Djibouti n'y échappe pas. Les séminaires, les débats et les conférences se répartissent donc entre thèmes bénins, jugés inoffensifs, et des sujets jugés subversifs. Partout on assiste à ces mises en scène. Dans ces conditions, le président sortant - qui appartient à un ancien parti unique - évitera d'aborder publiquement les véritables enjeux tels que le tribalisme, le vol des deniers publics organisés par sa famille et son clan, la disparité des revenus, la démocratie, la place de l'opposition, etc. Finalement, en dépit de tapage médiatique dont elle bénéficie, l'élection présidentielle apparaît comme un épisode ennuyeux, un spectacle désolant, une vieille pièce de théâtre sans surprise et, de plus, de très mauvais goût. On connaît les acteurs et leurs discours auxquels personne ne croît.

Quand est-ce que la République de Djibouti connaîtra ENFIN de véritables élections démocratiques ?

I.M.

>>> Retour au sommaire

L'Express du 25/04/2005

L'illusion des urnes

par Vincent Hugeux

Les élections ne suffisent pas à enraciner la démocratie. Elles n'incitent ni au partage ni au compromis


Il n'y a point de démocratie sans élections. Mais il ne suffit pas de convoquer les électeurs pour enraciner la démocratie. Trop souvent, le recours aux urnes passe, en Afrique comme ailleurs, pour une fin en soi, la panacée. Au risque du simulacre. L'isoloir ne pallie pas le manque d'Etat, il ne soigne ni la famine ni le sida. Il ne contient pas l'avancée du désert, ne muselle pas les miliciens ni ne terrasse les corrompus. A quoi rime l'exercice si la loi électorale ou le recensement font défaut?
Inattaquable en soi, le dogme du «Un homme-une voix» peut hâter les replis
communautaires. Sur le continent, bien peu de leaders courent le risque de défier les loyautés ethniques. En Centrafrique, François Bozizé mobilise au nord, Martin Ziguélé à l'ouest et André Kolingba chez les Yakomas du Sud. En Côte d'Ivoire demain, la carte électorale clonera peu ou prou la fracture Nord-Sud. Les Bété voteront Gbagbo, les Dioula Ouattara et les Baoulé Konan Bédié.

L'opposition, corsetée dans un multipartisme de façade, n'a d'autre choix que l'exil, le cachot ou l'allégeance

Accompli à l'échelon national, le «devoir citoyen» n'invite ni au partage ni au compromis. C'est la rançon d'une culture du «winner-take-all» - le vainqueur rafle tout. Logique, quand on n'a secoué le joug colonial que pour courber l'échine sous la férule des «héros de l'indépendance». L'opposition, corsetée dans un multipartisme de façade, n'a alors d'autre choix que l'exil, le cachot ou l'allégeance.

A Djibouti, la mort en 2004 de l'ancien Premier ministre Ahmed Dini Ahmed l'aura laissée orpheline. Au Gabon, une obscure querelle a précipité la scission du mouvement clandestin «Bongo doit partir» … Parfois, le putschiste lave dans l'urne son péché originel. Le suffrage universel, c'est aussi le bain de jouvence des despotes. Voilà comment Robert Mugabe, icône antiapartheid de la Rhodésie, deviendra le fossoyeur du Zimbabwe. Le bulletin de vote ennoblit aussi la tentation dynastique.
Au Togo, Faure Gnassingbé revêtira la toge de son père; au Gabon, Ali Bongo finira par hériter du sceptre d'Omar.
Quand la Constitution récuse le mandat en viager, on déniche toujours un juriste dévoyé, français d'ordinaire, pour la bricoler. Déployés au Liberia, en République démocratique du Congo ou en Côte d'Ivoire, les contingents onusiens conjurent le pire à grand-peine. Mais il arrive que le dénouement électoral, même bâclé, fournisse à leurs mentors l'alibi du désengagement. Bien sûr, on entend d'ici couiner les théoriciens du paternalisme racialiste: «Vous voyez bien que l'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie!» Comment le serait-elle, quand l'Occident y a toujours préféré l'autocrate obligeant au démocrate indocile ?

>>> Retour au sommaire


www.fidh.org [français] > Afrique > Togo


Togo
(26/04/2005)

La FIDH condamne la mascarade électorale

La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) condamne les nombreuses irrégularités observées au cours du scrutin présidentiel du dimanche 24 avril 2005, et les violences ayant entraînées la mort d’au moins 7 personnes ainsi que de nombreux blessés. Ces informations lui ont été transmises par le chargé de mission de la FIDH, présent dans le pays au moment du scrutin et la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), organsiation membre de la FIDH.


Ainsi, le chargé de mission de la FIDH a été témoin dans le quartier de Bé de l’exécution extra-judiciaire d’un manifestant. Le lundi 25 avril 2005 à 10h15 à côté de l’hôtel Rosalie, une voiture de police s’est en effet présentée au niveau d’une dizaine de manifestants de l’opposition et depuis le véhicule, un agent des forces de l’ordre à ouvert le feu touchant mortellement au front un manifestant.

Selon les informations reçues, le déroulement du scrutin a été entaché par des fraudes massives : bourrages d’urnes, manipulation des listes électorales, distribution en grand nombre de cartes électorales vierges aux partisans du parti au pouvoir, comptage des votes dans le plus grand secret, intimidations des partisans de l’opposition, interventions de militaires et de civils armés afin de prendre possession d’urnes électorales, etc... Ces éléments constituent de graves et flagrantes violations des droits de l’Homme et du droit à des élections libres et pluralistes consacré par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

En outre, les membres de la LTDH et d’autres organisations de la société civile ont été écartés du processus d’organisation et de suivi de ce scrutin, des médias indépendants ont été fermés, des correspondants de la presse internationale ont été empêchés de se rendre dans le pays et les moyens de communication tels que les téléphones mobiles, les fax et internet sont coupés depuis le milieu de l’après-midi du 24 avril 2005. Ces faits constituent des violations systématiques du droit de communiquer et d’informer garanti par les instruments internationaux de protection des droits de l’Homme.

La FIDH considère ainsi que les conditions dans lesquelles s’est tenue cette élection sont en violation flagrante des principes de transparence, de pluralisme et de libre détermination du peuple garantis par les instruments régionaux et internationaux en la matière.

La FIDH déplore la caution regrettable apportée par la France et la CEDEAO à cette mascarade électorale

Commentaire de Uguta (Toosa)

Les élections électorales en Afrique se suivent et se ressemblent étrangement par la cohorte de déni de libertés publiques des citoyens, cultivant une idée naîve et fausse sur ce que représente l'Etat et le service public, et par la gratuité des violences qui visent les populations civiles. "Au moins 7 personnes" ont pardu la vie parce qu'un fils d'un dictateur, préoccupé uniquement par l'obsession du pouvoir, a décidé de devenir "président du Togo". Tel père, tel fils.
Maintenant qu'il est parvenu au pouvoir par des moyens les plus contextables, il veut procéder à l'ouverture politique en direction de l'opposition.

Le scénario est désuet et ne rime à rien, si ce n'est de légitimer un homme qui n'a pas respecté les règles démocratiques. JE SAVAIS. VOUS SAVIEZ ET NOUS SAVIONS QUE Faure Gnassingbé allait gagner cette élection.

Alors pourquoi l'opposition en Afrique accepte-t-elle de jouer à ce jeu absurde qui consiste de participer à un scrutin électoral dont on sait d'avance les résultats ? La dictature risque d'exacerber la division entre les ethnies, d'approfondir le fossé entre la classe possédante et l'immense majorité des Togolais et d'aggraver - on ne le sait que trop bien - les difficultés sociales.

Le nombre des victimes s'accroît de jour en jour au Togo :

"Au moins 22 morts à Lomé : c'est le bilan provisoire des violences qui ont suivi l'annonce de la victoire de Faure Gniassingbé - le fils du général-président Eyadéma - à l'élection présidentielle de dimanche.
Le candidat de l'opposition Akitani Bob vient de se proclamer vainqueur du scrutin." (Richard Labévière, Togo: le pécéhé original, 28/04/05), RFI).

>>> Retour au sommaire


Mélès Zénawi, Premier ministre
de la République fédérale démocratique d'Éthiopie

entretien avec Les nouvelles d'Addis (L.N.A.)
Paris, hôtel Raphaël, 16 avril 2005, 11h00

(propos recueillis par Alain Leterrier
interprète français-amharique-anglais : Katia Girma
photos : Afework Girma)


(...)
LNA. Vous avez rencontré le président Chirac ce matin. Que vous a-t-il dit ? Que lui avez-vous demandé et qu'avez-vous proposé à la France, puisque qu'il s'agit de relations bilatérales ?
MZ.: (...) Nous avons discuté de questions bilatérales, commerce, investissements, coopération culturelle et sur tous ces points, nous étions d'accord. Nous étions d'accord sur la coopération bilatérale, nous avons aussi parlé des problèmes régionaux, les conflits dans la région en Somalie, au Soudan, en Érythrée, sur tous ces sujets, nous avons la même opinion.

LNA. Même sur le conflit avec l'Érythrée ?
MZ.: Sur l'Érythrée, la position de la France est la suivante. Premièrement, elle insiste sur le fait que la décision de la Commission de délimitation de la frontière est légale et obligatoire : nous sommes d'accord. La France insiste sur le fait qu'il doit y avoir un dialogue pour la mise en œuvre de la décision et pour la normalisation des relations entre nos deux pays : nous sommes d'accord. Elle insiste enfin sur le fait qu'il ne doit pas y avoir de nouveau conflit entre l'Érythrée et l'Éthiopie : nous sommes d'accord.

LNA.: Concernant les questions de développement économique, vous êtes un des avocats de l'abandon de la dette pour les pays pauvres. Pensez-vous que ce soit la solution aux problèmes du développement dans ces pays, dont le vôtre ?
MZ..: L'annulation est une partie de la solution, ce n'est pas LA solution. Mais c'est un élément de solution. Je voudrais souligner le fait que la France a annulé l'intégralité de la dette que l'Éthiopie avait envers elle. Et, plus important, la France a été à l'avant-garde de l'annulation de la dette, non seulement pour l'Éthiopie mais également pour l'ensemble du continent africain. Ceci est une chose très importante à nos yeux.

LNA. Quelles sont les opportunités d'investissement en Éthiopie ? Comment pouvez-vous convaincre les investisseurs français ?
MZ. Comme vous le savez, l'Éthiopie est un pays pauvre et il peut absorber bien plus d'investissements étrangers qu'il n'en a jamais obtenus. Ces dernières années, un certain nombre d'entreprises françaises ont investi dans notre pays. (...) Ces deux ou trois dernières années, il y a eu une hausse significative de réalisation d'investis-sements entre la France et l'Éthiopie. (...) nous sommes en train de discuter de la signature d'un accord supprimant la double taxation. Les compagnies françaises en Éthiopie sont taxées en Éthiopie mais le sont également en France. Nous discutons en ce moment afin de nous assurer qu'elles ne seront plus taxées deux fois...

LNA. Vous avez effectué une visite chez Airbus. Ethiopian Airlines aurait-elle des projets concernant Airbus ?
MZ.: Le ministre des Affaires étrangères [Seyoum Mesfin, ndlr], qui est aussi membre du directoire d'Ethiopian Airlines, s'est rendu à Toulouse hier, accompagné d'une équipe technique. Ethiopian Airlines examine les possibilités d'acquérir des avions Airbus et est intéressée pour acheter des appareils, partout où elle peut le faire, au meilleur prix en n'y perdant pas en qualité.
(...)

LNA
.: Venons-en aux élections générales. La coalition EPRDF a-t-elle apporté des modifications ou de nouvelles propositions dans le programme qu'elle soumettra le 15 mai ?
MZ.: Essentiellement, l'EPRDF maintient ses positions fondamentales. Nous pensons, particulièrement au cours de ces deux dernières années, que les résultats de notre politique ont commencé à être concrets. Vous le savez probablement, nous avons doublé notre indice de croissance économique [croissance de 11.6% du PIB en 2003-2004, ndlr] et nos exportations progressent de 25% par an depuis ces deux dernières années. Et nous croyons que puisque cette politique a des résultats positifs, il n'y a aucune raison d'en changer.

LNA. Que répondez-vous aux leaders de l'opposition qui disent que la fédération est encore très centralisée ?
MZ. La plupart de ceux qui critiquent notre politique fédérale disent que nous avons trop décentralisé et trop vite. Je suis très content qu'il y ait des gens qui nous critiquent pour ne pas avoir assez décentralisé. Parce que cela contrebalance l'opinion de ceux qui se plaignent du contraire. Pour moi, cela signifie que nous avons plutôt raison si beaucoup de gens nous critiquent pour ne pas avoir décentralisé assez et d'autres pour l'avoir trop fait, cela signifie que peut-être que nous sommes entre les deux et il est bon d'être au juste milieu !
(...)

LNA. Pendant cette visite de trois jours, - très important une visite d'État de trois jours ! -, la France a beaucoup insisté sur les questions de politique régionale : Éthiopie, Érythrée, Soudan etc. Est-ce que l'Éthiopie peut apporter quelque chose à la démocratisation de la région ?
MZ.: La contribution la plus importante que nous pouvons apporter pour la paix dans notre région est de persuader que la démocratie est forte et pleine de vitalité dans notre pays. La population éthiopienne compte environ 72 millions de personnes et cela représente une grande partie de la population de la corne de l'Afrique. Si 72 millions de personnes peuvent prouver qu'ils peuvent avoir une démocratie dynamique, cela aura un effet positif sur l'ensemble du voisinage. C'est en ceci que réside le principal de notre contribution.

LNA. Dernière question. Est-ce que vous allez entretenir des relations avec le nouveau Sud-Soudan ?
MZ. Nous avons de très bonnes relations avec le SPLA et le SPLM. Nous avons de même de bonnes relations avec le gouvernement soudanais. (...)

Commentaire de Uguta (Toosa)

Les propos du Premier ministre éthiopien, Méles Zénawi, nous laissent sur notre faim. Si les résultats enregistrés ces dernières années ne laissent subsister aucun doute sur les performences économiques de l'Ethiopie, il faut bien admettre que depuis la guerre erythro-éthiopienne, le pays entier semble figé dans une étrange léthargie sur le plan politique. Précisons, soit dit en passant, que la culture du coton a disparu de la région d'Awsa (Sud du fleuve Awash). Les agriculteurs n'ont obtenu aucune compensation de la part des autorités centrales.
Quant aux réformes politiques, après avoir connu l'âge d'or avec les années 90, elles sont tout simplement en panne. La centralisation à outrance rend illusoire le multipartisme qui fonctionne tant bien que mal dans la capitale. Il est certain que, comparée à notre pays, l'Ethiopie a réalisé des progrès notables en matière de démocratie. Mais le "
nationalisme tigréen", comme autrefois le "nationalisme Amhara", paralyse tout le pays ainsi que les réformes économiques et politiques.
Depuis la fin de l'année 2001, certains Etats régionaux ont été dépouillés tout simplement de la relative autonomie que leur octroie la Constitution fédérale. C'est le cas de l'Etat National et Régional Somali, de Etat National et régional Afar, etc.. Leur marge de manoeuvres a été réduite à néant.

Effectivement Méles Zénawi a raison quand il affirme que l'instauration d'une "démocratie forte" dans son pays pourrait contribuer à l'évènement de la paix dans la corne de l'Afrique. C'est aussi notre voeu le plus cher.

Une autre déception à la lecture de cette interview (effectuée il est vrai dans de conditions difficiles) porte sur le silence du journaliste, Alain Leterrier, quant à la crise politique que traverse notre pays. En effet quelle est la position d'Addis-Abeba par rapport à la crise survenue dans notre pays lors de l'élection présidentielle ? L'Etat éthiopien a-t-il de bonnes relations avec la majorité présidentielle et l'opposition djiboutienne? Le Premier ministre éthiopien a-t-il déjà rencontré les responsables de l'opposition djiboutienne ?

Pour notre parti, Uguta-Toosa, les déclarations de l'Etat éthiopien ont autant d'importance que celles des Etats-Unis, de la France, de l'Union européenne ou de l'Unité africaine.

>>> Retour au sommaire